L'iRE

L’Inter REgionale des formatrices et formateurs en travail social

POURQUOI L’IRE ?

L’origine de notre Association Inter REgionale des formatrices et formateurs en Travail Social (IRE) se trouve sans doute dans une multiplicité de décisions qui s’amoncelant d’année en année finit par produire un besoin impérieux de reprendre la parole.

Prévalence dans la formation des indicateurs de compétences au détriment d’un engagement éthique et d’une réelle professionnalisation, difficulté de mise en œuvre par une gratification des stages non assumée (loi juillet 2014),  pseudo-consultation des professionnels du travail social (les auto-proclamés « Etats Généraux du Travail social »), éloignement progressif des personnes accompagnées au profit de fonction de coordination, absence d’évaluation des réformes précédentes (2007 pour les niveaux III) mais déjà annonce d’une refonte des diplômes (rapport de la CPC) …

Retour sur une série de faits pour lesquels les formatrices/teurs[1] constatent qu’à une bureaucratisation rampante et une marchandisation du secteur, il est urgent de répondre par un retour à la clinique.

2007

La réforme des Diplômes d’Etat de niveau III en 2007 fournit une bonne illustration du mouvement qui a présidé à la constitution de notre Association. Etablie sans une réelle concertation des formatrices/teurs, elle aboutit à une transmission d’un nouveau référentiel au mois de janvier pour une application en septembre (ces quelques mois étant sans doute suffisants pour l’ingénierie et la mise en œuvre d’une formation profondément bouleversée). Nous avons pu questionner lors de nos rencontres et Journées d’Etude[2] cette stratégie consciente d’accaparement du temps des formatrices/teurs au détriment d’une réelle réflexion de fond sur les enjeux de la formation[3].

La logique des compétences domine alors la vision de cette réforme, ainsi que celle d’un poids plus important donné aux terrains de stage (les « sites qualifiants ») dans la certification et l’introduction de la notion de coordination. L’approche inter disciplinaire est minorée.

Les référentiels de formation sont déclinés en tableaux d’indicateurs de compétences qui s’empilent les unes sur les autres, comme si les savoirs étaient superposables. 

La dimension de projet prédomine, on demande à l’éducateur de devenir avant tout un bon exécutant de la technique du projet. Ainsi pour exemple une stagiaire éducatrice spécialisée doit sur ses quelques mois de stage établir un diagnostic, élaborer un projet répondant aux besoins repérés et évaluer ce projet. Nous pouvons constater aujourd’hui à quoi a abouti cette refonte : des stagiaires subissant parfois une injonction au projet, et une perte de sens éducatif dès lors qu’il existe une application conforme de la méthodologie.

La gratification, ou le stage introuvable

Une loi du 22 juillet 2013 complétée par celle du 10 juillet 2014 (il faut ajouter le décret du 27 novembre 2014) oblige les organismes d’accueil à gratifier tout stage supérieur à deux mois (avec trois conditions : déroulement du stage sur une année, dans un même organisme d’accueil, d’une durée minimum de 44 jours soit 308 heures).

L’Inter REgionale est favorable à une application réelle d’une gratification des stages, qui peut participer à un processus d’enrayement de la précarité étudiante.

Dans les faits aujourd’hui, cette mesure positive s’avère complètement dévoyée et finit par renforcer cette précarité.

Aujourd’hui les formateurs peuvent témoigner des véritables entretiens d’embauche que subissent les étudiant-e-s pour obtenir un stage gratifié 3,70 € de l’heure. Les formatrices/teurs en sont réduits à bricoler des conventions pour faire en sorte que les étudiant-e-s ne sont pas sans stage, à accepter des découpages mettant à mal la véritable insertion dans une équipe. Les travailleurs social en formation de leur côté mettent énormément de temps d’énergie et de finance dans ces recherches.[4]

A l’IRE nos échanges inter régionaux ont permis de constater pour signes de la situation actuelle : cette étudiante du Centre ayant envoyé 50 courriers pour un stage de 1e année sans aucune réponse positive, ce service des Hauts de France demandant à un (futur) stagiaire de passer deux entretiens, ou encore cette structure francilienne proposant de gratifier un stagiaire à la condition que celui-ci fasse, à l’issue de son stage, un don équivalent à la gratification totale, ou encore la demande d’une école aux membres d’une promotion d’Assistant de Service Social de signer un document indiquant qu’ils renoncent à la gratification.

Le plan d’action en faveur du Travail Social du 21 octobre 2015

En 2015, les autoproclamés Etats Généraux du Travail Social devaient produire une grande consultation des acteurs de terrain. 

Sans doute pouvait-on attendre beaucoup d’un vaste Plan d’Action, intervenant après des « Etats généraux du travail social ». S’il faut remercier le pouvoir pour ce moment où le politique (enfin) s’est soucié du travail social, force est de constater que la montagne accouche d’une souris lorsqu’on voit que le Plan n’est pas accompagné d’aucun moyen spécifique[5].

Il s’avérera moins coûteux de prôner l’encore meilleure participation des personnes accompagnées, le développement social local et la réingénierie des formations plutôt que d’envisager le manque de places en établissements (spécialisés ou non), de promouvoir une véritable politique de prévention (pas seulement de la « radicalisation ») ou de solutionner l’engorgement du 115.

Comme un signe notable, le plan d’Action comporte un grand nombre de préconisations qui concernent la formation des travailleurs sociaux. En ce sens peut être cherche t-il à nous dire qu’il existe plus un problème de formation des professionnels que de moyens alloués au travail social, dans une société produisant toujours plus d’inégalités.

La doctrine du fameux « socle commun » impose de considérer les professionnels divisés en différents diplômes et donc capables de travailler ensemble. Les métiers, historiquement spécifiques, et les pratiques professionnelles doivent être standardisés, rationnalisés, déclinés en guides de bonne pratique.

Il ne sera pas suffisant d’impliquer, comme le préconise le Plan d’Action, les « personnes accompagnées » en les faisant intervenir en Centre de formation. Il ne semble pas judicieux d’opposer dans une stricte dichotomie terrain de stage et école comme si les personnes accompagnées n’étaient pas elles aussi présentes dans les Centres de formation[6].

A l’Inter REgionale, nous avons tendance à penser que la rencontre de l’altérité (au sens de Jacques MARPEAU : « en ce qu’elle nous met en présence de sa différence radicale, entraîne un changement de soi et donc l’altération d’une partie de ce qui constituait notre identité avant cette rencontre [7]») se produit autant sur le terrain de stage qu’en Centre de formation.

Au-delà des aspects plus techniques du Plan d’action, l’IRE note qu’il ouvre la porte, de façon insidieuse à la marchandisation du social par l’entrepreunariat dit social.

Cette nouvelle forme du partenariat public privé qui veut permettre aux entreprises privées lucratives d’investir dans le social afin d’en tirer profit[8], sans courir aucun risque.

Il existe donc une logique dans ce Plan d’Action qui prétend « moderniser » l’appareil de formation : sous la fausse promesse d’une revalorisation salariale, permettre de préparer les futurs professionnel-les de terrain à être les opérateurs d’exécution des employeurs du secteur, et non pas des acteurs créatifs[9], en réflexion, capables de regard critique.

Les grilles de certification DEES 

En janvier 2017, les centres de formation reçoivent de nouvelles grilles pour les épreuves de certification du Diplôme d’Etat d’Educateur Spécialisé, applicables dès la session de juin 2017.

Sous prétexte d’harmonisation nationale, une circulaire ministérielle demande désormais aux jurys de cocher les compétences du référentiel, acquises ou non, afin de certifier les étudiant-e-s.

Celles-ci remplacent les outils construits dans les académies par un travail inter écoles et s’avèrent complètement inapplicables. Pour exemple un étudiant serait censé dans un écrit de 15 pages faire la démonstration de 24 indicateurs de compétence, ou encore devrait prouver lors d’un examen oral sa « maîtrise des nouvelles technologies ».

Ce fait pourrait être anecdotique s’il ne révélait le fonctionnement vécu par les formatrices/teurs depuis quelques temps : absence de consultation, imposition de changements brutaux et outils dépourvus de sens.

Seulement de l’IRE ?

L’Inter REgionale entend dire sa colère mais aussi faire porter une autre voix que celles qui dominent aujourd’hui, et imposer une résistance à la logique libérale par des propositions.

Les organes censés représenter les centres de formation, en particulier l’UNAFORIS, ne jouent pas leur rôle[10].

Les formatrices/teurs travaillant dans des Centres de formation adhérant à l’UNAFORIS ne s’estiment pas représenter. Il n’y a d’ailleurs pas de débats et de consultation réalisés par cet organisme au sein des équipes pédagogiques. 

Les orientations UNAFORIS semblent suivre le vent qui porte. Pour exemple l’éloignement progressif des niveaux III de la personne au bénéfice de fonction de coordination semble correspondre à l’horizon radieux, la fin du stage long, le travail social dilué dans « l’intervention sociale », l’enseignement de l’économie de marché par ses acteurs dans les EFTS, la fascination pour l’e learning (tellement moderne).

Les récents faits de travailleurs sociaux inquiétés pour avoir dénoncé de la violence institutionnelle nous semblent agir comme le révélateur d’une situation connue des formatrices/teurs[11].

Lors de temps d’analyse de la pratique vécus nous recueillons ces paroles de stagiaires vivant cette violence eux-mêmes, sans pouvoir la dénoncer. Le regard critique de l’étudiant-e, sollicité en Centre de formation, apparaît dérangeant, mal vu.

Si le monde du travail en général produit de la violence[12], celui du travail social n’échappe pas au mouvement (les différents collectifs étudiants et travailleurs sociaux nés ces dernières années abordent aussi cette question : Avenir Educs, collectif protection de l’enfance 49). 

Les travailleurs sociaux en formation vivent cette perte de sens qui conduit les professionnel-le-s à parfois ne plus avoir les moyens de pouvoir assurer leur mission ou respecter une approche clinique de la personne. En ce sens le travailleur social technicien, débarrassé de son éthique, peut procéder à de la gestion de dossiers plutôt qu’à l’accompagnement de la personne.

Nous œuvrons à former des Moniteur-Educateur, Assistante de Service Social, Conseillère en Economie Sociale et Familiale, Educateur de Jeune Enfant … et non pas d’indistincts « intervenants sociaux » interchangeables et déliés de la notion de travail.

Les métiers contiennent une histoire, et ne signifient pas qu’un Diplôme ou un grade, mais une professionnalisation particulière, des savoirs (être, faire) dans la relation à l’autre, des spécialités selon sa formation et son lieu d’intervention, une praxis[13].

La question du sens de l’action menée, constante dans le processus de formation, ne peut pas disparaître sous un empilement de compétences à valider.

Nous devons opposer à la logique du lucratif, qui fait intrusion dans le secteur social et celui de la formation, les forces de la réflexion collective des acteurs de terrain et des personnes accompagnées.

Nous formons des professionnel-les aptes à rencontrer des personnes, et non pas des clients

Se fédérer

L’Association Inter REgionale des Formatrices et Formateurs en Travail Social réunit des actrices et acteurs de la formation professionnelle en travail social de toute la France, qui se reconnaîtrait dans la Charte. Cette dernière ne constitue pas un carcan ou une statue devant laquelle nous nous inclinons mais fonde notre socle commun.

Nous poursuivons notamment les objectifs suivants: 

promouvoir des formations en travail Social pour des professions de haute qualification dans la relation à l’autre

–  défendre des formations pour un  travail social  s’appuyant sur les principes d’égalité et de solidarité et de promotion sociale

 favoriser  une réflexion éthique de la part des futurs professionnels en travail social, et le respect de l’altérité

 développer l’esprit d’analyse et l’esprit critique des futurs professionnels par une approche pluri disciplinaire

–   valoriser la créativité dans les formations

 réaffirmer la place de la pédagogie et de l’accompagnement des Travailleurs sociaux travailleuses sociales en formation (TSF) dans un processus de formation

 s’inscrire en faux contre les logiques néolibérales visant à faire du Travail social une marchandise mise en œuvre par des  techniciens (social business)

Pour ce faire l’Inter-REgionale 

 replace la rencontre et la démarche réflexive comme conditions essentielles pour une formation de qualité. Ceci passant notamment par des stages longs, en immersion,  en proximité avec les personnes accompagnées, où la transmission avec les professionnels de terrain est possible et accompagnés et étayés par des formatrices-teurs en centre de formation.

 s’informe, analyse et diffuse les informations sur les évolutions en cours dans l’action sociale

 est force de proposition concernant l’avenir des formations en travail social

 favorise les échanges de pratiques entre les formatrices-teurs des différentes régions

 veille à ce que les personnels des centres de formation puissent avoir les moyens d’élaborer et mettre en œuvre une pédagogie de qualité pour les étudiants-TSF

Tout-e professionnel-le de la formation qui souhaite pouvoir reprendre la parole peut adhérer à notre Association


[1] Nous pratiquerons ici l’écriture inclusive non exclusive : s’il est nécessaire de questionner le sexisme de la grammaire française en faisant apparaître féminin et masculin, nous restons aussi attentifs à la lisibilité générale du texte et laisserons parfois la syntaxe d’usage (masculine). La juxtaposition des deux formes nous paraît elle aussi significative.

[2] Paris 6 juillet 2016, Tourcoing 9 décembre 2016, Nantes 27 janvier 2017, Arras 7 juillet 2017

[3] Ainsi se succèdent la réforme des niveaux III en 2007, la mise en place des crédits ECTS en 2014, et aujourd’hui une nouvelle refonte des niveaux III. Ces dernières années toutes les certifications du Code de l’Action Sociale et des Familles ont été réformées.

[4] Des mobilisations étudiantes, telles que celles du Mouvement National des Etudiants du Travail Social, le rappellent régulièrement.

[5] La revalorisation promise aux niveaux III et catégorie B ne constituant qu’un rattrapage tardif d’une situation salariale indécente, et n’a pas de caractère rétroactif (elle ne concernera que les futurs « diplômés », et créera donc des régimes différents au sein des services).

[6] De multiples exemples ont pu être donnés de ces initiatives lors de nos rencontres inter régionales.

[7] Jacques MARPEAU, Le processus de création dans le travail éducatif, Erès, Toulouse, 2013, p.68

[8] Voir l’excellent livret du Collectif des Associations Citoyennes http://www.associations-citoyennes.net/?p=7308#more-7308 ainsi que le dossier dans Lien Social n°1213

[9] L’IRE constitue aussi un lieu  d’échanges de pratiques pour les formatrices/teurs : en juillet 2017 à l’AFERTES d’Arras nous avons pu avoir un échange très riche avec Jérôme Leroy, écrivain, qui anime un atelier avec les travailleurs sociaux en formation dans lequel ils rédigent des nouvelles noires à partir des situations cliniques utilisées dans leurs travaux de certification, cf site http://liredesformateurs.fr/

 

[10] Les membres de l’IRE recevront ainsi des encouragements officieux de la part de membres de l’Unaforis, déplorant l’absence de questionnement et de recherche de sens de leur institution.

[13] Philippe GABERAN évoque l’existence d’une praxéologie : « méthode pour maintenir à la fois du sens et de la liberté d’action au sein de systèmes complexes ». Cent mots pour être éducateur, Eres, Toulouse, 2009, p.74

Notre charte

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Genèse de la contestation contre les nouvelles grilles d’évaluation du D.E.E.S. et propositions d’actions

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