1) Un état des lieux

Voici ce que disent les différents textes :

– Les 10 contributions de l’UNAFORIS aux Etats Généraux du travail social – octobre 2014

On y trouve : « Diversifier les modes de professionnalisation par alternance ».

L’objectif d’apprentissage ne doit pas être défini par la durée et les modalités du temps à passer en stage mais plutôt par des objets de travail et des compétences visées.

– L’alternance intégrative – rapport CPC de décembre 2014

La nécessaire rencontre de situations relationnelles concrètes est réaffirmée.

Mais :

  • Des nouvelles compétences sont nécessaires
  • Des difficultés à trouver des stages
  • Un épuisement des sites d’accueil (le stagiaire est une charge) et des centres de formations qui ont du mal à assurer leur mission.

Donc :
Faire que l’alternance prenne des formes multiples :

  • Temps consacrés à des approches théoriques conceptuelles
  • Approches du champ professionnel
  • Apprentissage expérientiel des modes d’action
  • Apprentissage du métier dans des mises en situation professionnelle.

Concrètement cela se traduit déjà par des référentiels de formation qui indiquent des modalités et durées de stage progressivement rattrapés par une législation qui ne tient pas compte de leurs spécificités et une obligation de gratification sans moyens suffisants :

  • Loi du 22 juillet 2013 complétée par celle du 10 juillet 2014 (il faut ajouter le décret du 27 novembre 2014) oblige les organismes d’accueil à gratifier tout stage supérieur à deux mois (avec trois conditions : déroulement du stage sur une année, dans un même organisme d’accueil, d’une durée minimum de 44 jours soit 308 heures).
  • Il existe des obligations pour les centres de formation (accompagner les étudiants et les encourager dans la mobilité internationale, conventionner le stage, désigner un référent).
  • Des conditions dérogatoires en vue de la certification permettent de présenter des candidats qui n’ont pas réalisé le temps de stage réglementaire ou ont bénéficié de « modalités alternatives » pour le stage long notamment : « stages pluri-institutionnels » autour d’une thématique, réalisation d’un projet collectif (diagnostics, élaboration de projets…).
  • L’instruction ministérielle du 24 juillet 2015 confirme le séquencement sur deux années des stages longs de plusieurs diplômes et la possibilité de réaliser les stages longs au sein de plusieurs organismes.

– Le plan d’action interministériel en faveur du TS et du développement social – octobre 2015

Il est indiqué de « moderniser l’appareil de formation » et de « moderniser les stages » :

  • Elargir la notion de site de stage (site inter ou pluri-institutionnels)
  • Développer des modalités complémentaires au stage classique sous la forme de travaux de groupes.
  • Réinterroger le sens, le rythme, le séquençage et les modalités des stages.

– Les travaux de la CPC de février à juin 2016

Parmi les travaux commandés par le secrétariat d’Etat, se retrouve cette idée de moderniser l’alternance et en conséquence d’adapter les référentiels : le stage est une des modalités de professionnalisation mais pas la seule, il s’agit de penser des adaptations sous des formes différentes.

2) Quels sont les conséquences ? Quels sont les enjeux ?

Que vient-on modifier dans le processus de formation :
En modifiant le temps de stage ?
En fractionnant les stages ?
En modifiant les modalités des stages (études diagnostiques, étude de terrain…) ?
La place de la clinique et de la construction de la professionnalité ?
Le projet de ré-architecture des diplômes a des effets sur la temporalité de l’alternance.
Nous poserons 4 points qui nous paraissent essentiel pour la formation par l’alternance intégrative :

  1. L’insertion dans une institution, dans une équipe professionnelle
  2. L’implication dans la relation professionnelle d’accompagnement social et éducatif.
  3. Le processus de professionnalisation
  4. La construction de l’identité professionnelle

Ces points sont les éléments essentiels du stage long.

3) Un échange sur ce qui se passe dans les centres de formations

Dans chaque centre de formation, des stratégies sont développées pour que les étudiants puissent avoir un stage et l’on observe des effets locaux et d’autres liés aux diplômes.

Dans les filières EJE, le champ des stages possibles se réduit. Il y a de moins en moins de stages dans le secteur de la protection de l’enfance et dans le secteur du handicap.

Est noté aussi un effet de formatage lorsque les étudiants se retrouvent en grande majorité dans un même lieu, une même municipalité.

Des stages à la marge du secteur professionnel (association de bénévoles, peu dans l’accompagnement)

Dans l’effectif, les étudiants ne font pas le volume de stage obligatoire. Des dérogations sont obtenues.

La gratification est plus ou moins contournée et par les étudiants et par les centre de formation.

Le séquençage des stages est mis en oeuvre par les centres de formation sans beaucoup de questionnement. Par contre les terrains et des stagiaires réagissent vivement.

Cela n’est pas sans effet sur les étudiants :

  • Une grande souffrance est repérée (anxiété, dépression…)
  • Des tensions dans les promotions sont générées par la recherche de stage
  • Une fragilisation des étudiants du fait de la précarité
  • Un projet de formation des étudiants qui se vide de sens et déqualifie
  • Une augmentation des suspensions de formations, de reports en lien avec l’absence de stage et le problème de la gratification.
  • Des étudiants qui ne peuvent se présenter au diplôme faute de stage
  • Des étudiants gratifiés qui sont avant tout une personne supplémentaire dans l’équipe

4) Qu’en ressort-il ? Les conclusions

Un phénomène de disqualification et de déprofessionnalisation est l’oeuvre.

Les formateurs en travail social sont pris en étau entre la question de la gratification, de la précarité des étudiants, de la recherche de stage et des visées pédagogiques.

Il apparait nécessaire de distinguer la question de la gratification de la question pédagogique afin de se centrer sur la professionnalisation des stagiaires.

La nécessité d’un stage long est affirmée. Un stage qui s’inscrive dans le temps et sur un même lieu. Un stage où le stagiaire fasse l’expérience de l’accompagnement des usagers et des problématiques auxquelles les professionnels se confrontent.

La question de la durée est évoquée : de quelle durée doit-on parler ? Quel est le temps nécessaire à cette professionnalisation ?

Un axe de travail à mettre en oeuvre : associer les terrains de stage à la réflexion sur ces questions.

Une urgence : faire remonter la mise à mal des étudiants.

Céline Coulon
Aurélie Rabault