Participants : une quinzaine de formateur-trices principalement du Nord Pas-de-Calais et Ile de France.

1) Genèse de la contestation contre les nouvelles grilles d’évaluation du D.E.E.S.

Le 28 janvier 2016 Le rectorat de la région Nord Pas-de-Calais nous fait parvenir par courriel un texte daté du 24 novembre 2015 en provenance de l’Académie de Caen à destination de l’ensemble des Académies du territoire. Ce texte (Ref. 15 065/DEC2/JL) a pour objet l’harmonisation des grilles d’évaluation des épreuves et l’organisation de la session 2016 du D.E.E.S. Il est accompagné de grilles d’évaluation pour l’ensemble des domaines de certification et il est à effet immédiat.

C’est la stupéfaction dans l’ensemble des centres de formation de la région, et visiblement dans nombre d’autres académies, compte tenu que les candidats au DEES 2016 ont été préparé sur la base de grilles travaillées depuis la réforme du diplôme en concertation avec l’ensemble des centres de formation de la région. Chaque école a construit ses propres dispositifs pédagogiques sur la base de ces grilles. Elles ont été pensées non seulement à partir des textes régissant le diplôme mais également dans un souci d’évaluation formative en phase avec les enjeux de la professionnalisation des travailleurs sociaux en formation.

Même si la majorité des acteurs de la formation sont conscients de l’intérêt qu’il y aurait à harmoniser au niveau national des pratiques autour de l’obtention du Diplôme d’Etat. Les nouvelles grilles semblent totalement inadaptées aux objets de certification et nous semblent émaner d’une simple reproduction mécanique du référentiel et parfois même en contradiction avec l’arrêté du 20 juin 2007.

Une mobilisation dans le Nord Pas de Calais s’engage à la fois du côté des directions des centres de formation, des travailleurs sociaux en formation et du collectif des professionnel(le)s de la formation d’éducatrices et éducateurs spécialisé(es).

Les travailleurs sociaux en formation se coordonnent et produise un texte.

Les formateurs, quant à eux, produisent un texte pétition qui recueillera entre 1500 et 2000 signatures et qui sera envoyé à l’ensemble des acteurs concernés par la mise en place de l’examen : Rectorat de Lille, Ministère du travail, de l’emploi, de la formation professionnelle et du dialogue social, Ministère des affaires sociales et de la santé, Ministère de l’éducation national DRJSCS Nord Pas-de-Calais.

Seul le ministère des affaires sociales daigne nous adresser une courte réponse polie nous indiquant qu’ils allaient étudier le courrier.

Par ailleurs nous recevons le 26 mars 2016 une réponse de Mme Françoise Guillet du Ministère de l’éducation nationale – Direction de l’enseignement supérieur, transmise par Michèle Avellan à un courriel d’interpellation que nous avions envoyé 24 mars 2016 à Pascal Kiefer et Catherine Kerneur.

Notre courriel :

« Madame, Monsieur, Nous avons pris connaissance des modifications apportées aux « grilles d’évaluation » du Diplôme d’État d’Éducateur Spécialisé (DEES), annoncées applicables dès cette année. Ces grilles n’ont été diffusées dans les Centres de formation que très récemment, à deux mois seulement de la date fixée pour le dépôt des dossiers d’examen des candidat-e-s. Les dossiers de certification (Dossier de Pratiques Professionnelles, mémoire, Journal d’Étude Clinique, Dossier sur le travail en Partenariat et en Réseau) ont été construits en référence aux grilles d’évaluation élaborées depuis la réforme de 2007, par un important travail régional de coordination entre les Rectorats et les Centres de formation. Changer les procédures d’évaluation aussi près de l’échéance du DEES 2016, nous apparaît comme une mesure surprenante et inopportune. Cela nous interroge également sur le fonctionnement institutionnel, qui semble ne pas prendre en compte les conditions pédagogiques, et pas uniquement administratives, à réunir pour l’organisation et la préparation d’un examen comme le DEES. Néanmoins, s’il s’avère nécessaire de procéder à une harmonisation des grilles d’évaluation concernant le Diplôme d’État d’Éducateur Spécialisé (DEES), nous demandons que soit mis en oeuvre dans les plus brefs délais, un cadre de concertation et de coordination inter-académique pour la session de 2019, qui permettra d’élaborer, pour les candidat-e-s entrant en septembre 2016, des grilles construites non pas à partir d’un référentiel « métier», mais à partir d’un référentiel de formation. Nous vous remercions de l’attention que vous porterez à ce courriel et, dans l’attente de votre réponse, nous vous prions d’agréer Madame l’expression de nos sentiments les plus respectueux. »

La coordination Inter académique des professionnel (le)s de la formation d’éducatrices et d’éducateurs spécialisé (e)s.

Notre courriel a été transféré par Catherine Kerneur à Françoise Gillet (Centrale éducation) avec copie à Pascal Kiefer et Michèle Avellan le 24 mars 2016 à 8:20.

La réponse de Françoise Guillet a été envoyé le 26 mars 2016 à 11 :31) à Catherine Kerneur avec copie à Michele Avellan, Pascal Kieffer et Sabine Carotti (Inspectrice responsable du DEES pour l’Académie de Paris)(1)

La réponse de Françoise Guillet :

« Bonjour Catherine Mes collègues, que je mets en copie de ma réponse élaborée avec eux bien sûr, qui, avec les DRJSCS, pilotent ce diplôme et le DEETS également, ont proposé d’harmoniser les pratiques d’évaluation qui avant étaient extrêmement diverses. Ils ont donc proposé dès la session 2015, comme cela se fait dans toutes les certifications nationales, d’établir des grilles d’évaluation nationales. Ils les ont travaillé avec des groupes issus des jurys et les ont présentées et expliquées(2). Ces grilles ne sont que la traduction des textes du référentiel et de la définition des épreuves, évidemment inchangée. Elles tiennent compte des référentiels de compétences fixées par les arrêtés de 2007. Elles expriment, en fonction des activités métier, les compétences qui sont évaluables et inscrites dans le référentiel et avec les indicateurs d’évaluation prévus dans ce même référentiel. Elles seront les garants d’une évaluation équitable pour les différents jurys. Les arguments avancés par la  » coordination » sont non recevables. Les

SIEC et DEC ont également reçu des courriers et leurs réponses vont dans le sens de ce que je développe ci-dessus.

Bon week-end Pascal. »

Françoise

Par ailleurs une rencontre a eu lieu avec le Rectorat de Lille dans la foulé à l’initiative des Directeurs des 4 centres de formation de la Région Nord Pas de Calais. Il est à noter que ni les représentants des formateurs ni les représentants des travailleurs sociaux en formation n’ont été convié à cette rencontre. (Une délégation a cependant manifestée sa présence dans le hall du Rectorat pendant cette réunion).

Cette rencontre c’est soldée par un « accord minimal » : les candidats à la session du D.E.E.S 2016 seraient évalués à partir des « anciennes » grilles, mais les membres de commissions d’évaluation, devront reporter sur les « nouvelles » grilles les notes et l’appréciation synthétique issue des « anciennes grilles ». Il n’a même pas été possible que ces « anciennes grilles » soient annexées aux « nouvelles » dans l’hypothèse d’un passage des candidats en jury plénier.

Cette disposition n’est valable que pour les candidats au D.E.ES 2016, dans l’état elle ne concernera pas les candidats 2017 et 2018, qui sont, pour certain, bien avancé dans la production de leurs travaux de certification.

2) Echange entre les participants autour de la session 2016 du DEES et notamment sur l’utilisation des nouvelles grilles.

Les formateurs et formatrices présent sur cet atelier ont ensuite échangé sur le déroulement de la session 2016 du D.E.E.S.

A partir de cet échange nous avons pu faire le constat à la fois de l’inadéquation des « nouvelles grilles » avec les travaux présentés par les candidats, de la difficulté des jurys à utiliser des grilles qui semblent parfaitement inadaptées à l’évaluation des compétences demandées pour les épreuves de certification (DPP, Mémoire, JEC, etc.). Ce sont des outils essentiellement de contrôle de l’acquisition de compétences, certainement pas d’évaluation d’une formation professionnelle qualifiante.

Par ailleurs nous avons pu constater de nombreuses disparités dans le déroulement de l’examen.

Tout d’abord en terme de taux de réussite : 92 % en Ile de France, 77 % en Nord Pas-de-Calais. (15 points d’écart).

En raison des grèves en Ile de France, certains candidats sur certains jury n’ont été auditionné qu’un quart d’heure quand les textes indiquent une demie heure.

Les conditions de travail des examinateurs diffèrent du simple au double entre les deux régions : 8 mémoires et 8/10 DPP ou JEC pour les examinateurs d’Ile de France quand ceux du Nord Pas-de-Calais ont à examiner 12 mémoires et 20 JEC ou DPP.

En échangeant sur le déroulement des jurys pléniers on constate aussi de nombreuses disparités : En Ile de France les candidats ayant obtenus entre 9 et 10 à une épreuve sont automatiquement admis. Alors qu’ils sont vus en jury plénier dans le Nord.

Sont examinés les candidats ayant obtenu entre 8 et 9.

Par ailleurs lorsque la situation d’un candidat est examinée en jury plénier dans le Nord, n’est lu que la brève appréciation synthétique portée sur les « nouvelles » grilles et un résumé du bilan de fin de cycle rédigé par le formateur de suivi dans le livret de formation (En effet depuis deux ans dans un souci d’économie de temps il est demandé aux formateurs de rédiger un condensé de 4 ou 5 lignes – en caractères gras – du bilan de fin de cycle).

Alors qu’en Ile de France il a été demandé pour tout candidat ayant une note en dessous de 10 la rédaction d’une page d’argumentation justifiant la note. Par ailleurs dans le cadre d’un passage en jury plénier, l’intégralité du bilan de fin de cycle est lue, le rapport du stage à responsabilité est également examiné et l’ensemble des résultats obtenus aux 4 DC sont pris en compte.

Il nous a paru quelque peu étrange qu’au moment où l’on institue une grille nationale au nom de l’équité entre les candidats de tels écarts de pratiques soient possible.

3) Propositions d’actions.

Aux termes de l’atelier les propositions suivantes ont émergé :

  • Qu’une réponse soit faîte au courriel du Ministère de l’éducation nationale au nom de l’Inter-régionale
  • Qu’un texte d’analyse critique des «nouvelles » grilles soit rédigé.
  • Qu’un recensement soit effectué à l’échelle nationale des problèmes posés par ces grilles lors de la session 2016 du D.E.E.S.
  • Qu’à partir de cela soient construites et proposées des grilles d’évaluations alternatives tenant compte du travail effectué depuis 10 ans par les professionnels des centres de formation au niveau national.

Sur la base de mes notes

Didier Andreau

(1) Il se trouve que Sabine Carotti était l’interlocutrice des formateurs représentant les écoles d’Ile de France pour ce qui concerne l’examen. Elle les a reçus par deux fois cette année : une première fois en février pour leur présenter les nouvelles grilles et une deuxième fois fin mars pour travailler sur ces grilles. Nos camarades d’Ile de France lui ont signifié à cette occasion leur étonnement et leur désaccord quant à la pertinence de ces nouvelles grilles. Mme Carotti leur a répondu qu’elle n’y pouvait rien (sic). Le mail reçu par les gens du Nord Pas de Calais montre au contraire que Mme Carotti fait partie du cercle restreint de fonctionnaires qui ont participé à l’élaboration de ces grilles.

(2) Evoque-t-elle là les groupes de travail d’Ile de France, sinon quels sont ces groupes ?